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L’habit du moine
par Journal L'Attisée le 2015-11-30

Dans mon milieu de travail comme dans ma vie personnelle, j’entends toutes sortes de propos négatifs, d’opinons personnelles parfois dégradantes pour les personnes plus vulnérables ou plus pauvres. Je me bats contre les idées préconçues et les jugements tous les jours. Je le fais pour rendre service, parce que ces personnes qui portent des jugements pourraient se retrouver un jour dans la même situation que la personne qu’elles pointent du doigt en chuchotant « elle devrait faire ceci ou cela pour s’en sortir… ». Pourtant, moi aussi j’ai des préjugés, je me fais parfois une idée générale de la personne en me fiant à son apparence, même si ça se passe en une fraction de seconde. Par contre, j’ai eu plusieurs fois la confirmation que « l’habit ne fait pas le moine ».

Combien de fois ai-je entendu des personnes me dire qu’elles étaient elles-mêmes victimes de préjugés et de jugements de la part de leurs voisins et même de leur famille? Plus la personne est démunie, que ce soit matériellement ou mentalement, plus les jugements vont bon train. Ma mère m’a déjà dit « dans un poulailler, les poules blessées, faibles ou malades se font « picosser » par toutes les autres… ». Parfois je vois la même situation dans notre société.

Voici, par exemple, quelques propos souvent entendus concernant les personnes vivant avec un revenu d’aide sociale :

« Il faudrait au moins qu’il fasse l’effort de chercher du travail. », « Il ne devrait pas boire ou fumer. », « Aide-toi et le ciel t’aidera! ». 

Savez-vous réellement ce qui se passe dans la vie de cette personne? Vous a-t-elle déjà raconté toutes les choses qu’elle a faites et continue de faire pour régler ses problèmes depuis 5, 10 ou 15 ans? Vous a-t-elle dit qu’elle devait prendre des médicaments, qui l’assomment du matin au soir, pour un problème physique ou mental? Vous a-t-elle raconté qu’avant d’être sur l’aide sociale, elle avait un travail dans une entreprise qui, pour une raison de rentabilité, à mis la moitié des employés à la porte? Vous a-t-elle dit que pour manger, c’est tout un combat? Qu’elle ne mange pas du « Kraft Dinner » trois fois par semaine parce que c’est son plat préféré, mais qu'elle est obligée? Qu’un problème de dépendance ce n’est pas quelque chose que l’on peut régler du jour au lendemain? Que c’est un gros luxe d’avoir une voiture, même une « minoune », le câble, le téléphone ou Internet? Que son enfant se fait exclure de l’école parce qu’elle n’a pas été capable de lui acheter un téléphone cellulaire, une tablette ou un portable?

En développant notre écoute et en laissant de côté nos préjugés, on pourra améliorer le sort de ces nombreuses personnes qui vivent dans une situation précaire. Ce n’est pas parce que certains fraudent l’aide sociale que c’est nécessairement le cas de la majorité des prestataires, loin de là. Ensemble, cessons d’exclure les personnes pour leur apparence, leur source de revenu, leur niveau d’éducation, leurs différences. Nous avons besoin de tout pour faire un monde … mais aussi de beaucoup, beaucoup, beaucoup de compassion.

Un site intéressant pour prévenir ou combattre les préjugés: http://www.100prejuges.ca/

Ariane Lacasse, Maison de la Famille




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