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Professeur d’histoire émérite
par Journal L'Attisée le 2015-11-30

Le sort de notre patrimoine : laïque et religieux. Qu’on le veuille ou non, dans notre for intérieur, un forum de notions contradictoires questionne deux antagonistes : un système mécanique qu’on appelle cerveau, donc raison, et un cœur émotif appelé foi pour la conduite des consciences, toute croyance confondue.

La vie est un chariot sans frein filant en 3e vitesse à sens unique vers une seule direction, le futur. La vitrine avant éclaboussée par d’incessantes flaques de technologies toujours plus avant-gardistes que les précédentes embrouille le rétroviseur et la faculté dite raisonnable sacrifie des bouts parcourus du chemin qu’on appelle : patrimoine. Piquée à vif, la foi de son cœur rattrape le convoi :

« Minute mon ami! Entre le cœur et la raison, il y a le bon sens ». Cette conscience qui a bâti «le passé du futur « de notre existence revendique sa grande sagesse.»

Parmi nos artisans de la colo- nie, oui, il y avait des robes noires avec un +. Oui, il y a eu des erreurs parfois graves… comme les nôtres. Oui, il y a eu des tours de force et même des miracles… sans nos ordinateurs. Admettons-le. Leurs réalisations n’ont-elles pas semé notre pays?

En bons jardiniers,nous nous devons de l’enrichir de plants moraux et productifs sans écraser les tiges premières déjà épanouies.

Dans son véhicule intelligent, l’invincible progrès fait aussi des miracles… avec ordinateurs,lui, et défonce les murs de la science. Cependant, la manœuvre de recul accuse des ratés regrettables : le patrimoine sacrifié au profit de l’ambition. Certaines institutions de service et de consommation chèrement acquises par nos ancêtres perdent des plumes pourtant intouchables. L’exemple qui tue : depuis une dizaine d’années au Québec, plus de 400 clochers sont tombés. Des perles d’architecture comme la magnifique église Saint-Jean-Baptiste de Québec qui perdait son curé victime du mont Obiou en 1950, sont ignorées. Classée monument historique, digne des cathédrales plusieurs fois centenaires des autres continents, attrait touristique abandonné par l’indifférence de ses propres fidèles, en manque de ressources elle devient anémique et tente courageusement de respirer en délégant la majorité de ses pouvoirs à ses voisines, en attendant vous savez quoi… Elle leur lègue des biens précieux dont la plaque commémorative du 60e anniversaire de la tragédie du Pèlerin Canadien confiée par les familles orphelines pour que jamais le souvenir ne s’efface. L’église des Saints-Martyrs-Canadiens doit adopter la précieuse pièce. Le dimanche 15 novembre, une messe y a été célébrée par l’abbé Pierre Gingras,* ex-curé du temple éprouvé pour marquer le 65e anniversaire du désastre.

Chez nous dans nos belles campagnes, les églises sont nos gratte-ciel. Tout proche de nous : détresse de l’une, fermeture de l’autre. Une démolition avec ça… Si le mécanisme de la tête snobe leur présence, la foi de son cœur refuse leur mort. Si tous unis, sympathisants et indifférents, apportaient un soutien fraternel, le son du glas ne tinterait sans doute pas et… c’est l’coq qui serait content… hein?

* Note historique pour les anciennes du vieux couvent de Saint-Aubert : l’abbé Gingras est le fils de Denise Chouinard fille de Ferdinand. Cet arrière-petit-fils de Rémi célèbre assez souvent la messe du dimanche à la télévision de Radio-Canada dans la chapelle de la maison-mère de nos sœurs de Saint-Joseph.


Rose-Hélène Fortin





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