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« Le présent du passé, c’est la mémoire » Saint-Augustin
par Journal L'Attisée le 2018-03-29

La mémoire est considérée comme l’une des principales facultés de l’esprit humain. La mémoire est aussi une faculté qui oublie et malgré ce que plusieurs en pensent, c’est très bien ainsi. Imaginons seulement comment elle serait submergée d’informations inutiles si elle enregistrait tout ce qui vient à notre conscience pour toujours.

Frédéric Dard, célèbre pour ses gaudrioles et jeux de mots dans la série San Antonio abonde en ce sens : « Il n’y aurait plus de vie collective possible si les gens gardaient leur mémoire intacte. On ne croirait plus en rien, ni en personne, on ne pourrait plus continuer d’espérer, d’aller de l’avant.?»

Dans la mythologie grecque, Mnémosyne est considérée comme la déesse de la mémoire. Aristote quand à lui serait l’auteur du premier traité sur la mémoire : «?De la mémoire et de la réminiscence ». Il considère que le cœur est à la fois le siège de l’intelligence, du courage et de la mémoire. Ce serait cependant Rabelais qui au XV1 siècle aurait utilisé le premier l’expression : « Savoir par cœur ».

Certaines personnes sont dotées de mémoire exceptionnelle, souvent de type photographique et que l’on peut aussi qualifier de mémoire eidétique ou absolue. Un don bien singulier dont le cas le plus célèbre est sans nul doute Mozart. Ce dernier après avoir entendu une seule fois le Miserere de Grégorio Allégri à la chapelle Sixtine, a pu par la suite le retranscrire de mémoire. On parle aussi de Napoléon, Martha Argerich, Marcel Pagnol, Bobby Fisher, Amélie Nothomb…

Mais, qu’en est-il du commun des mortels qui oublie trop vite et trop souvent à son goût, et dont le disque dur peine à enregistrer de nouvelles donnée? Voltaire à son époque notait déjà : « Ce qui touche le cœur se grave dans la mémoire ». Effectivement, tout ce qui est teinté d’une grande charge émotive trouve dans la mémoire une place privilégiée et plus accessible par la suite. Et plus le nombre de nos sens est sollicité, plus l’information s’imprégnera dans la mémoire à long terme. Dans le même ordre d’idée, lorsqu’un trou de mémoire se présente, tenter de se remettre dans le contexte de l’information recherchée : j’étais, où, avec qui, je faisais quoi… pourra faciliter sa recherche.

Lors d’un nouvel apprentissage, si possible, créer une association un lien entre une nouvelle connaissance et une ancienne facilitera le nouvel apprentissage. Et comme le dit Nicolas Boileau : « Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage ». La répétition mentale permet de transférer les éléments de notre mémoire de travail à celle à long terme. Le sommeil et les rêves aideraient aussi au triage de l’information accumulée au cours de la journée. Une étude un peu controversée de 2013 suggérerait que de mâcher de la gomme pourrait avoir un effet positif sur l'hippocampe, une partie du cerveau reliée à la mémoire. Bien sûr, d’autres facteurs interviennent dans le maintien et l’amélioration de notre mémoire : saine alimentation, être actif, multiplier nos inter-actions sociales, faire de nouveaux apprentissages, lire, écrire, faire mots croisés et mots mystère, s’intéresser aux nouvelles technologies…

Et l’intelligence artificielle supplantera-t-elle un jour notre intelligence et notre mémoire? Vont-t-elles s’atrophier par manque d’utilisation, l’humain se fiant uniquement aux nouvelles technologies qui emmagasinent pour lui toute l’information? Le chercheur montréalais de réputation internationale Yoshua Bengio est un spécialiste de l’intelligence artificielle et il nous livre une réflexion des plus intéressantes sur le sujet, à consulter sur la toile.

« Il n’est rien qui n’imprime si vivement quelque chose en notre mémoire, que le désir de l’oublier ». Michel Exquen de Montaigne.

Clémence Lord



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