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Chère Gabrielle
par Journal L'Attisée le 2018-11-09

Vous êtes arrivée dans ma vie il y a une cinquantaine d’années, j’avais 14, 15 ans. Vous n’en êtes jamais sortie. Rue Deschambault : c’était l’œuvre que nous proposait sœur Yolande (je devrais dire imposait puisque nous n’avions pas notre mot à dire) dans le cadre du cours Lecture dirigée. Bénie soit sœur Yolande pour cette agréable découverte et beaucoup d’autres...


Rue Deschambault, donc. Théâtre de votre enfance, de votre jeunesse, cette petite rue de Saint-Boniface au Manitoba vous a fait entrer dans mon univers et moi dans le vôtre. Dans ce roman autobiographique vous nous conviez en divers tableaux dans votre cocon familial : petits plaisirs, grands chagrins, rêves et regrets. Mon émoi en vous lisant étonnait l’adolescente que j’étais. Qu’est-ce qui me touchait autant ? Votre merveilleuse plume, bien sûr, votre don pour parer le quotidien d’atours dignes des grands soirs, votre façon de fouiller les âmes pour tâcher d’en extraire la substantifique moelle.


Et puis l’histoire de Florentine dans votre Bonheur d’occasion, (autre initiative de sœur Yolande) celle de Luzina dans La petite poule d’eau. En fait, j’ai tout lu de vous et je possède pratiquement tous vos livres. Maintes fois, je les ai prêtés, maintes fois j’en ai offert en cadeau. Je ne pouvais garder pour moi seule le plaisir de vous connaître. Souvent en passant près de mon étagère je tends la main, prends l’un d’eux et l’ouvre pour parcourir quelques lignes, un paragraphe dont je goûte chaque mot.


Jamais vous ne m’avez déçue. Ce n’est pas pour vous flatter, mais je tiens à vous dire que votre autobiographie, La détresse et l’enchantement est LE livre qui occupe la première place au palmarès de mes lectures (et j’en ai quelques-unes derrière la cravate). D’ailleurs, depuis sa parution, je l’ai lu (au moins) quatre fois. Chaque fois en l’abordant je me dis est-ce que je vais l’aimer autant? Eh bien, oui. Et j’aurai bientôt le bonheur d’assister à son adaptation théâtrale, dans laquelle vous êtes personnifiée par Marie-Thérèse Fortin. Je suis certaine que vous auriez approuvé le choix de cette talentueuse interprète. J’ai vraiment hâte, je vous raconterai (ou plutôt je vous ferai part de mes impressions : l’histoire vous la connaissez...) Mais quelle tristesse que vous n’ayez pu compléter ce récit. Les ébauches parues de façon posthume dans le temps qui m’a manqué nous promettaient un enchantement à la hauteur de tout ce que vous avez écrit.


En terminant, je me plais à imaginer que quelque part au pays des en-allés il vous est doux de constater qu’on vous lit toujours et que toujours vous savez émouvoir vos lecteurs. Moi la première, à chaque relecture.

Rachel Grou



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