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Mille feuilles - Histoires de neige
par Journal L'Attisée le 2019-01-12

Janvier m’a semblé propice à vous suggérer des oeuvres où l’hiver, la neige, occupent une grande place, servent de cadre à certains épisodes importants. Enroulez-vous dans votre doudou préférée, auprès du feu, et savourez ces belles pages.


J’aime bien les romans aux structures particulières qui demandent un bon degré d’attention. Le premier chapitre de celui-ci porte le numéro 10 et le dernier le numéro 1... On comprend donc tout de suite que la chronologie est atypique. La mémoire du funambule * (2012) de Bruno Crépeault (que je découvre), présente un homme qui revoit sa vie, par bribes ; on met un certain temps à comprendre dans quelles circonstances. Son enfance sans père, une mère fragile, des amitiés sincères, le grand amour. Tout cela est vite mis en scène puis développé au fil des chapitres. Une belle découverte, une écriture sensible. Les chênes bruissent doucement, forts de confidences qui dureront toute la nuit.


J’ai lu avec grand plaisir Le testament français (1995) d’Andreï Makine, auteur dont je vous ai déjà suggéré d’autres titres. Dans ce roman, un jeune Russe est fasciné par les origines françaises de sa grand-mère, chez qui il passe ses étés. Leurs soirées sont meublées par ses récits d’enfance et de jeunesse. Oui, ces guerres sans fin, ces plaies et, dans une attente secrète au milieu d’elles, cet instant de la première neige. La façon dont le jeune perçoit et assimile ces souvenirs (parfois modifiés par son imagination) est admirablement rendue. Il y a dans ce livre un aspect très poétique et il nous offre en même temps un bon portrait de la Russie du début du XXième siècle en nous faisant voyager de la Sibérie à la France.


Suggéré par une amie, le roman Le nageur dans la mer secrète (1995) de William Kotzwinkle m’a véritablement enchantée. Très bref, à l’atmosphère envoûtante, il débute au moment de la perte des eaux jusqu’aux jours suivant la naissance d’un enfant. Diane avançait le dos rond, entourant de ses bras la montagne de son ventre, où le séisme avait son origine. Belle histoire d’amour et d’épreuve.


Dans Le poids de la neige (2016), Christian Guay-Poliquin parvient à créer une atmosphère oppressante qui sert bien son propos. Durant l’hiver, lors d’une panne d’électricité générale qui s’éternise, deux hommes sont confinés dans une maison abandonnée aux confins d’un village lui-même isolé. L’un d’eux est âgé mais en pleine possession de ses moyens. Il veille et soigne l’autre (le narrateur), jeune, gravement blessé lors d’un accident de la route. Les vivres et denrées de toutes sortes se font rares et bientôt, au village, la solidarité fait place au chacun pour soi. La neige devient un personnage magistralement rendu par Guay-Poliquin. La tempête de neige hurle. On dirait qu’elle s’impatiente à l’idée de me recouvrir, de m’étreindre, de se refermer sur moi.


*bibliothèque Charles-E.-Harpe, collection Réseau


Bonne lecture bien au chaud.

Rachel Grou



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