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Histoire du lac Trois-Saumons
par Journal L'Attisée le 2019-05-16


Exploitation forestière au lac Trois-Saumons


L'honorable Evan John Price

De grands entrepreneurs forestiers se sont partagé des sections importantes de territoire dans tout le comté de L’Islet, et ce principalement dans sa partie sud. Le 2 février 1861, un droit de coupe de 18 milles carrés est accordé à Léandre Méthot entre les quatrième et sixième rangs du canton Fournier. Le même jour et un peu plus au sud dans le même canton, Charles King reçoit un permis similaire pour une coupe sur 28 milles carrés. Aucun droit de coupe d’aussi grande envergure n’a été consenti autour du lac Trois-Saumons bien que certains propriétaires aient fait affaire avec monsieur Méthot et ultérieurement avec la compagnie Price Brothers1. À la suite du décès de monsieur Méthot le 23 septembre 1881, la compagnie Price Brothers fait l’acquisition de ses actifs par l’intermédiaire de son représentant Evan John Price, l’un des fils du célèbre William Price. Le 4 novembre 1892, Louis Pellerin, propriétaire du lot 137 du second rang du canton Fournier, vend à Evan John Price, de Cap-Saint-Ignace, le droit de construire une écluse pour retenir l’eau pour le flottage du bois à la décharge du lac Trois-Saumons. Les dimensions de ladite écluse sont celles qui conviennent à l’acquéreur et qu’il juge nécessaires pour l’exploitation forestière. La vente comprend le droit de prendre le bois nécessaire sur la terre de monsieur Pellerin pour la construction de l’écluse, à l’exception du cèdre, et le droit de construire un camp près de l’écluse pour son usage2. Cette écluse fera considérablement monter le niveau du lac et facilitera la drave et, c’est pourquoi on retrouvait beaucoup de souches et de bois mort sur les rives du lac au début du vingtième siècle.

En 1893, le jeune docteur Joseph Cloutier, de Cap-Saint-Ignace, nous apprend qu’il y a un camp de bûcheron sur la pointe est de l’île du père Jean St-Pierre3, un autre au fond de l’anse à Toussaint et un dernier à la décharge du lac. Le camp de l’île mesure 12 pieds en carré ; il est muni d’un poêle au centre et de deux échafauds de chaque côté servant de lits4. Plusieurs autres camps de bûcherons auraient été en activité aux abords du lac Trois-Saumons ; parmi ceux-ci mentionnons ceux de Louis St-Pierre et d’Érasme St -Pierre. Le camp de ce dernier était situé tout près de La Coupe ; il a été la proie de flammes il y a plus de 60 ans5. Il n’a pas été possible d’identifier les autres camps, faute de renseignements, mais on sait que certains ont subsisté jusqu’aux années 19506. Ces camps, généralement de simples petites cabanes, étaient souvent situés sur le bout de terres des cultivateurs7. Toute cette activité forestière a ouvert la voie à l’implantation de moulins à scie à proximité du lac Trois-Saumons.


Le moulin de Joseph St-Pierre a été construit avant 19148, il était situé à l’emplacement actuel du camp-école. Les propriétaires terriens limitrophes faisaient chantier à l’hiver et amenaient leur bois dans la cour attenante au moulin. Joseph exploitait aussi un petit camp de bûcherons. Les opérations de sciage débutaient en février et se poursuivaient pendant quelques semaines jusqu’à un peu avant la saison des sucres. Un minimum de trois employés travaillait au moulin ; il y avait un scieur, un receveur-cordeur et un chauffeur. Le moulin fonctionnait à la vapeur avec une grande bouilloire chauffée avec des croûtes et autres résidus de bois sur place. Les clients devaient céder les croûtes de deux des quatre faces de leurs billots pour le chauffage de la bouilloire. Lors de la mise en route du moulin, la bouilloire devait être chargée en eau à l’aide de seaux ; l’opération était longue et ardue. Une fois la bouilloire en fonction, le moulin devenait autonome et pouvait pomper l’eau nécessaire à son fonctionnement directement du lac. À compter de 1916, Louis St-Pierre, le fils de Joseph, prend graduellement les commandes du moulin à scie à la suite d’une donation de son père9. Ce dernier continue d’exploiter le moulin jusque vers 1943. La baisse d’achalandage le contraint alors à déménager son moulin au rang 9 de Tourville. Le moulin est alors démantelé, mis sur une barge puis traversé jusqu’à La Coupe sur la rive nord du lac. La bouilloire, trop lourde pour être transportée de la même façon, est déplacée avec des chevaux. Monsieur St-Pierre continue d’exploiter son moulin à Tourville jusque vers 1950 puis cède ses installations à Philippe Caron10. Quant à son terrain du lac Trois-Saumons, il le cède à l’abbé Raoul Cloutier pour la somme de quatre cents dollars11 à condition que ce dernier réalise son projet de camp-école.


Il y a eu au moins trois autres moulins sur les voies d’accès du lac Trois-Saumons. Le premier était établi dans le quatrième rang un peu à l’ouest de la route du lac Trois-Saumons. Les deux autres étaient sis sur la route Bélanger et appartenaient à Pierre Jean12. Le premier était situé du côté ouest de la route sur le plat avant la dernière côte et l’autre à la jonction du cinquième rang et de la route Bélanger. Pierre Jean a transmis ses installations à ses fils Alphonse et Émile en 1948 qui les ont exploités pendant plusieurs années. Les vestiges de ces moulins ont été visibles sur la route Bélanger jusqu’à tout récemment.


Notes « Histoire du Lac Trois-Saumons »

1 Gouvernement du Québec, Registre des permis de coupe division Arthabaska, St-François, Chaudière, Montmagny, Granville et Témiscouata - Registre des concessions forestières par agence, Bibliothèque et archives nationales du Québec, secteur Montmagny, référence E21, S74, S33, renvois 13, 21 et 31. 

2 Greffe de Me Pamphile-Gaspard Verreault, Vente de Louis Pellerin à l’honorable Evan John Price, minute 6417, no enregistrement 27895, 4 novembre 1892. 

3 Jean St-Pierre dont il est question est l’époux de Marjolaine Fortin, le père de François (époux de Philomène Lagacé) et le grand-père Rémi St-Pierre, dernier représentant de la famille St-Pierre à posséder l’île au centre du lac Trois-Saumons.

4 J.E.A. Cloutier, « Ma première visite au lac Trois-Saumons en 1893 », Archives du docteur Joseph Cloutier de Cap-Saint-Ignace en 1949 et publiée dans le journal Le Huchard, 18 août 2017, p. 13-15. 

5 Informations fournies par Gaétane St-Pierre, petite-fille d’Érasme St -Pierre, en entrevue le 6 octobre 2018. 

6 Informations fournies par Guy Lafond en entrevue le 18 juillet 2018. 

7 Informations fournies par François Couillard en entrevue le 21 août 2018. 

8 Joseph St-Pierre acquiert le lot 308 du quatrième rang de la seigneurie Port-Joly le 27 février 1914 (Me François-Xavier Denis, minute 6992) ; dans cet acte, on le dit cultivateur. Le 25 mai 1914, devant Me Henri Boisvert, il vend une partie du lot 43 au capitaine Joseph-Elzéar Bernier ; on le dit alors industriel de St-Aubert. Le 27 septembre 1916, Joseph St-Pierre fait don de plusieurs de ses actifs à son fils Louis (Me François-Xavier Denis, enregistrement 42702) ; il est alors cité comme industriel possédant un moulin. Ce sont ces trois actes qui nous font présumer de la période de la construction du moulin à scie malgré que certaines sources évoquent le tout début du vingtième siècle. 

9 Greffe de Me François-Xavier Denis, Donation de Joseph St-Pierre à son fils Louis, no enregistrement 42702, 27 septembre 1916, archive privée conservée par Raymond St-Pierre. 

10 Affirmation de Raymond St-Pierre, petit-fils de Joseph, en entrevue le 21 octobre 2017. 

11 Louis St-Pierre fait d’abord une promesse de vente à l’abbé Raoul Cloutier le 19 novembre 1945 ; le contrat officiel est passé chez le notaire Arthur Duval le 27 juin 1946 (enregistrement 64983 pour le lot 308). 

12 Registre foncier du Québec, Vente de Léopold Jean à Pierre Jean, index des immeubles pour le lot 379 du rang cinq de la seigneurie du Port-Joly, no enregistrement 64 251, 5 février 1946. Ce chalet a été construit en société avec Michel Poitras, de Trois-Saumons (J.E.A. Cloutier, op. cit., p. 13-15).



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