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La Paimpolaise
par Journal L'Attisée le 2019-08-03

La Fête des chants de marins qui très bientôt prendra le large chez nous a fait ressurgir en moi de lointains souvenirs.

Comme dans nombre de maisons québécoises à une certaine époque, ont régné chez nous les cahiers de la Bonne chanson. Leurs mélodies, mais aussi leurs illustrations, ont peuplé notre enfance, notre imagination. Il nous arrivait souvent, le soir, en ces temps où la télé occupait moins d’espace dans nos vies, de chanter en famille. Papa, dans sa berçante, le plus jeune du moment sur ses genoux ; maman, souvent à la table à repasser, terminant ainsi ses tâches quotidiennes alors que nous, les enfants, ne réalisions pas encore l’ampleur de sa besogne.

Au cœur de ces cahiers, plusieurs chansons de Théodore Botrel. Certaines aux thèmes maritimes, bretons. Celles-ci étaient toujours tristes, histoires de marins perdus en mer, de veuves éplorées. Ce qui faisait dire à maman « Ça, ça en a fait pleurer des mères lapins ». Parmi ces chansons, Le tricot de laine racontait le drame de Léna Le Morvan qui attendait son homme en tricotant sur la grève. La Paimpolaise relatait aussi, évidemment, un naufrage. J’en aimais la mélodie, en connaissais les paroles par coeur : J’aime Paimpol et sa falaise, son église et son grand pardon… En plus de nous émouvoir par leurs scénarios mélodramatiques, ces chants nous initiaient à des lieux lointains comme la Bretagne, l’Islande, au vocabulaire maritime : entrepont, mât d’artimon, etc.

Bien des années plus tard, à la naissance de fille chérie, j’ai reçu en cadeau d’une amie française un joli coussin en forme de cœur, d’un coton imprimé de petites fleurs roses. En son centre, une boîte à musique à actionner par une tirette. Je m’attendais à en extirper la sempiternelle berceuse de Brahms. Mais la voix aigrelette du mécanisme m’offrit La Paimpolaise. Les larmes me vinrent aux yeux en songeant que le sommeil de ma petite serait bercé par ces notes ayant bercé mon enfance.



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