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Histoire du lac Trois-Saumons
par Journal L'Attisée le 2019-08-14

Vivre au lac Trois-Saumons au début du vingtième siècle


Les premiers visiteurs du lac Trois-Saumons ne venaient que quelques jours tout au plus comme le rapportent les cahiers du club de pêche Notre-Dame-de-Bon-Secours, le journal du camp du capitaine Joseph-Elzéar Bernier et le registre du chalet du notaire Bernier. Il y avait bien quelques expéditions en hiver mais on ne faisait que passer. Les premiers visiteurs venaient surtout pour la chasse et la pêche et n’avaient pas à se soucier de villégiature prolongée. Les séjours plus longs allant jusqu’à quelques semaines semblent avoir commencé dans les années 1910 alors qu’Elmina Caron-Bourget-Kirouac mentionne qu’elle devait apporter des provisions pour trois semaines. Certaines autres familles devaient aussi être présentes au lac à la même époque car le notaire Joseph-Antoine Audet mentionne qu’il venait voir les jeunes filles au lac en 19191.

À partir du milieu des années 1920, plusieurs propriétaires de chalets ont de jeunes familles et les journaux de l’époque rapportent des séjours au lac. Les familles Audet, Bernier, Bourget, Cloutier, Fafard, Godin, Lemieux, Mooney, Samson et possiblement d’autres séjournent au lac de quelques jours à quelques semaines. Il n’y encore aucun service et les gens doivent amener un peu de tout pour leur subsistance. Certains apportent le baril de mélasse, d’autres fournissent le pain et autres denrées et les Samson amènent la vache pour avoir des produits laitiers2. Les produits périssables sont mis sur la glace que l’on va chercher dans le bran de scie de la cabane de tôle non loin du site de La Coupe3. Il fallait avoir tout le nécessaire pour se nourrir en plus de s’occuper d’une fermette. Toutes les familles s’organisent entre elles et on vit un peu comme dans une petite commune4. La truite est encore abondante dans le lac et les repas de ce poisson sont courants.


À partir du début des années 1930, on ouvre une véritable route dans le secteur ouest du lac et Émile Cloutier commence à offrir des biens de première nécessité dans son commerce6. Les routes qui relient les chalets ne sont alors que de simples sentiers avec deux roulières ; le foin est long dans le centre et ça ne rencontre pratiquement pas7. Les gens n’ont plus à tout prévoir et les séjours se font de plus en plus longs. La plupart des résidents achètent à crédit chez monsieur Cloutier et ils règlent leur compte au gré de leurs entrées de revenus. Plusieurs familles arrivent avec la fin des classes pour ne repartir qu’avec le retour pour l’école. Les hommes doivent aller travailler en semaine pendant que les mères demeurent au lac avec leurs enfants parfois assez nombreux. Le retour du père se fait le vendredi soir et chacun a son code d’appel pour rejoindre les siens. Chez les Bernatchez, on emploie une espèce de trompette sans bouton qui résonne comme un beugle ; une chaloupe rouge s’avance alors pour venir chercher le passager. Chez Méthot, on utilise des coups de klaxon. Chez un autre, c’est un sifflet et ainsi de suite. On pouvait savoir qui arrivait juste en écoutant le code d’appel. La plupart des familles ne possédaient qu’une chaloupe à rames et la traversée pouvait être assez longue et ardue. Il y avait si peu de bateaux à moteur qu’on les reconnaissait au son8.

Des activités structurées commencent à prendre forme au lac dans les années 1930. Un terrain de tennis est aménagé près du commerce de monsieur Émile Cloutier et les régates annuelles débutent le 2 août 19319. La messe dominicale à la chapelle Saint-Jean-Baptiste rassemble tous les estivants et elle met en branle les bateaux. Le Nil, avec sa cabine jaune et son allure d’arche de Noé, amène les Leclerc. Ti-Blanc remplit la Mouette tandis qu’Ulric Cloutier fait de même avec la Mae. Les Couillard viennent en bateau à rames. Ti-Douar transporte des familles du secteur des Pelles. Pit Lemieux effectue la traversée avec son moteur électrique. Les fils Lemieux vivant au sud du lac empruntent le sentier pédestre menant à la chapelle. Lorsque le vent est fort, on donne congé aux enfants par mesure de sécurité10.
Les jeunes de cette époque ne sont nullement ennuyés par l’absence d’électricité et de téléphone. Ils sont bien trop occupés à profiter de toutes les activités que leur offre le lac : promenades en bateau, baignade, pêche, chasse, exploration du lac et de la forêt environnante, rencontre de nouveaux amis, cache-cache, amusements de toutes sortes et invention de jeux avec les choses simples qu’ils ont sous la main. Ils sont heureux et des amitiés intarissables se tissent entre eux. La Coupe est le lieu de rassemblement des petits et de plus grands ; on s’y amuse et certains y auraient même fait la rencontre de leur vie.

Le lac Trois-Saumons grouille de vie pendant la belle saison mais il en est tout autrement pendant l’hiver. La plupart des chalets ne sont pas bien isolés et les routes ne sont pas ouvertes durant la saison froide. Certains s’y aventurent tout de même de quelques heures à quelques jours à cheval, en raquettes, en ski, en autoneige ou en motoneige. Ils y vont pour couper du bois, découper la glace qui servira à conserver la nourriture pendant l’été, vérifier l’état de leur chalet ou passer une bonne journée pendant le temps des fêtes. Mais les chalets sont froids et on ne fait que passer, comme en témoigne le journal d’un chalet12 :

« Excursion en hiver aux Pelles - Des jeunes courageux se sont rendus à leur chalet en voiture tirée par un cheval (avant l’ouverture de la route en hiver), et ont descendu les côtes en skis après des balades sur le lac glacé. Selon les skieurs, ils ont dépassé la limite de vitesse. »

« Il faisait tellement froid dans le chalet, dit une skieuse, nous avons chauffé le poêle à bois et quand l’air est devenu confortable, c’était le temps de partir. »

Gérard Dubé, un des ouvriers ayant construit des chalets
au lac vers 1930 (H. Dubé5)


Nilus Leclerc en bonne compagnie en avant de son bateau le Nil
(J. Douville11)

Chalets dans le secteur nord-ouest du lac en 1950 (BANQ)13


NOTES

1 Michelle Audet, D’un coup d’aile – Récit de vie, St-Romuald, Les éditions Sans âge, 1999, p. 72.
2 Informations fournies par Guy Lafond en entrevue le 18 août 2018.
3 Informations fournies par Sr Louise Godin en entrevue le 18 mars 2018.
4 Informations fournies par Guy Lafond en entrevue le 18 août 2018.
5 Courtoisie d’Hébert Dubé, archives privées. (voir photo page 35)
6 Informations fournies par Jean-Marc Cloutier en entrevue le 10 avril 2018 et confirmée par des coupures de presse de l’époque.
7 Informations fournies par Guy Lafond en entrevue le 18 août 2018. Le chemin privé reliant les chalets est demeuré dans cet état jusqu’à ce qu’une véritable route ceinture le lac.
8 Informations fournies par Guy Lafond en entrevue le 18 août 2018.
9 « Les premières régates au lac Trois-Saumons », Le Soleil, Québec, 4 août 1931, p. 13.
10 Informations fournies par Guy Lafond en entrevue le 18 août 2018.
11 Courtoisie de Judith Douville, Le Nil, archives privées.
12 Louise Chouinard, Extrait du journal du chalet de la famille d’Hector Chouinard, notes fournies le 2 septembre 2018.
13 Neuville Bazin, Les résidences d’été au lac Trois-Saumons, BANQ, cote E6-S7-SS1-P77312, 1950.



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Sylvain  Lord  histoire  Lac  Trois-Saumons  
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