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Ivresse automnale
par Journal L'Attisée le 2019-09-30


Chaque automne elles arrivent, fidèles au cycle de la vie. Chaque automne elles arrivent et on les découvre comme si c’était la première fois. On a beau les avoir vues année après année, les couleurs dont se pare la nature en octobre nous éblouissent, nous étonnent, nous enivrent. Du haut de la tour du lac Trois-Saumons, une amie et moi n’avons pas assez de nos deux yeux pour absorber les splendeurs de cette palette aux teintes chaudes exacerbées par les nuances de vert qu’elles côtoient. Nulle concurrence entre elles, l’harmonie est totale. Le ciel d’un pur bleu, le soleil qui tel un peintre tout-puissant jette ses éclats sur la toile qui nous entoure complètent l’œuvre ; ils nous l’offrent avec cette générosité séculaire qui ne se dément pas. À nous de goûter pleinement, de cueillir la magie ainsi répandue.


Chaque automne elles arrivent, fidèles au cycle de la vie. Chaque automne elles arrivent et on les découvre comme si c’était la première fois. Assises sur des rochers au bord du fleuve, nous observons les oies blanches sur la batture et les basses eaux. Pour elle c’est une première : certes, elle a bien vu passer des oies haut dans le ciel mais jamais elle n’a eu la chance de les contempler d’aussi près. À notre arrivée déjà, un tapis blanc s’étend devant nous, agité de légers mouvements provoqués par de discrètes vagues. Bientôt un ballet aérien se met en branle. Pour son baptême l’amie est choyée : les oiseaux nous offrent un spectacle peaufiné, chorégraphié de main de maître. À la multitude d’oies sur place s’ajoutent de nombreuses formations qui se succèdent dans un numéro de haute voltige. Elles tourbillonnent, telle une bourrasque hivernale avant l’heure, pour ensuite se poser dans leur caractéristique manœuvre de freinage en douceur. Caractéristique aussi, leur cacardage envoûtant, voire enivrant que l’on entend toujours avant de les voir, qui nous fait lever les yeux au ciel afin de les repérer. La représentation se poursuit longtemps, la prodigalité des acteurs est immense.


Ces ivresses saisonnières, je les éprouve avec de plus en plus d’intensité, je les savoure. Peut-être qu’avec l’âge et avec lui l’accumulation des en-allés dans ma vie, je réalise qu’on ne sait jamais si la saison que l’on goûte sera la dernière. Alors, autant le faire pleinement.



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Rachel  Grou  ivresse  automnale  
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