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Succès pour la soirée de lancement du projet d’histoire orale filmée : Sur les traces de la mémoire seigneuriale du Québec
par Journal L'Attisée le 2019-09-26

Benoît Grenier (historien) et Stéphanie Lanthier (cinéaste)


Le 14 septembre dernier, se rassemblaient un peu plus de 100 personnes au Musée de la mémoire vivante pour assister à la projection du documentaire La mémoire seigneuriale au Québec : identité et patrimoine, une réalisation de l’historienne et cinéaste Stéphanie Lanthier. Le film fut produit au terme d’une recherche d’histoire orale intitulée « Les persistances du monde seigneurial après 1854 : culture, économie, société », menée par Benoît Grenier, historien et professeur à l’Université de Sherbrooke.


On associe volontiers le régime seigneurial à la période de la Nouvelle-France. On oublie souvent qu’il a été maintenu après la Conquête et officiellement aboli seulement en 1854. Mais sait-on que la propriété et le mode de vie seigneurial ont partiellement survécu bien longtemps après cette date? Par l’Acte abolissant les droits et devoirs féodaux dans la Province du Bas-Canada, adopté en décembre 1854, les seigneurs sont indemnisés pour la perte de leurs droits et, surtout, conserveront la pleine propriété des terres non concédées. […] Les censitaires, pour leur part, devront continuer à verser des rentes et la situation ne sera toujours pas réglée en 1935, lorsque le gouvernement du Québec adoptera la Loi abolissant les rentes seigneuriales. Il faudra attendre les années 1970 pour que disparaissent les derniers vestiges des rentes seigneuriales. – (Grenier, https://www.usherbrooke.ca/histoire/recherche/projets/persistances/)


Dans le cadre de ses travaux, l’historien priorise les enquêtes orales, une méthode de travail qui n’est pratiquement jamais utilisée pour des recherches sur les périodes précédant le début du XXe siècle. Cependant, pour Benoît Grenier, rencontrer des témoins vivants porteurs de la mémoire seigneuriale était la clé pour révéler l’existence des persistances seigneuriales au Québec. Ce sont pas moins de 34 individus qui ont été interviewés : descendants et descendantes de familles seigneuriales, propriétaires d’anciens manoirs seigneuriaux, amies et amis des familles seigneuriales, notaires, prêtres, historiens et historiennes, ingénieur forestier sur des terres seigneuriales, etc.


L’événement au Musée de la mémoire vivante regroupait une partie de ces témoins et leurs proches. L’occasion de rassembler un nombre important de « familles seigneuriales » était assurément une première, du moins depuis fort longtemps. Le reste de l’assistance était composée de gens passionnés d’histoire, mais, aussi, de personnes qui se sentaient également interpellés par le concept de Mémoire seigneuriale. En effet, plusieurs Québécois et Québécoises se souviennent, par exemple, de leur grand-père qui payait des rentes seigneuriales, ont remarqué la présence de bancs seigneuriaux dans certaines églises ou vivent quotidiennement à proximité d’un ancien manoir seigneurial.


Par ailleurs, le lieu où s’est déroulée cette rencontre n’a rien d’anodin. D’une part, il allait de soi que le Musée de la mémoire vivante organise cette soirée puisque les entretiens réalisés par le chercheur sont déposés dans la collection du Musée. D’autre part, notons que le lieu lui-même est l’incarnation des persistances seigneuriales au Québec. En effet, le manoir reconstruit en 2008, soit près de 100 ans après son incendie, a été conçu avec les mêmes dimensions volumétriques que l’original. Quant à la mission du Musée, axée sur la mémoire et les mémoires, elle est intrinsèquement liée à l’œuvre littéraire de Philippe Aubert de Gaspé, le dernier seigneur de Port-Joly.


Dans Les Anciens Canadiens (1864), nous pouvons lire « Au commencement du dessert, le seigneur d’Haberville, accompagné des dames, rendit visite aux convives de la seconde et de la troisième tables, où ils furent reçus avec de grandes démonstrations de joie. On dit un mot affectueux à chacun ; le seigneur but à la santé des censitaires, les censitaires burent à sa santé et à celle de sa famille » (Philippe Aubert de Gaspé, 1864). Si nous nous devons aujourd’hui de remettre en question les bons rapports entre la famille seigneuriale et les censitaires tels que décrits dans le roman, nul ne peut douter, cependant, que Philippe Aubert de Gaspé et ses écrits « ont contribué à forger une certaine représentation de cette institution [la seigneurie] » (Grenier, Brève histoire du régime seigneurial, p. 25).


Forcément, cette mémoire d’une époque était palpable en ce 14 septembre 2019. En effet, le manoir, dépeint comme un lieu de rencontre et de festivité à l’époque des « Anciens Canadiens », portait fièrement, samedi soir, son chapeau d’endroit accueillant et chaleureux sous le nom de Musée de la mémoire vivante.


Vous aimeriez en connaître plus sur les persistances seigneuriales  Sachez que les témoignages récoltés par Benoît Grenier et Stéphanie Lanthier sont disponibles pour consultation dans la collection du Musée de la mémoire vivante.


Vous pouvez également vous rendre sur le site internet ou sur la page Facebook de l’étude. Vous pourrez ainsi accéder à davantage de contenus audiovisuels et être au fait des prochains événements auxquels l’équipe de recherche participera.

https://www.usherbrooke.ca/histoire/recherche/projets/persistances/

https://www.facebook.com/Persistances-seigneuriales-au-Québec-347570075402290/.


Source : Myriam Gagné, historienne et médiatrice culturelle au Musée de la mémoire vivante



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