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Conte de Noël
par Journal L'Attisée le 2019-12-10


Je pensais vous offrir une histoire de lutins, toujours tendance en décembre. Cependant, par les temps qui courent, j’ai eu peur d’être accusée d’appropriation culturelle par la FLOP, Fédération des lutins ouvriers professionnels. Il s’agit, vous l’aurez deviné, du syndicat qui les représente auprès du Père Noël. Car malgré son air jovial il paraît que le bonhomme est un féroce négociateur. Parlez-en aux rennes qui sont, eux, représentés par la CRAN, Centrale des rennes autonomes de Noël. Mais je m’égare. En ces semaines de grande fébrilité et de travail acharné, aucun lutin n’était disponible pour me guider à savoir ce qu’on peut dire ou non à leur sujet. Donc, je m’abstiendrai. À d’autres la controverse.

J’ai plutôt opté pour un conte d’anticipation. Pas de contestation possible puisqu’on ne peut savoir à coup sûr comment évolueront la Terre, la société. Que sera Noël devenu? Nul ne le sait.

Noël 2119

Un environnement aride, des tentes, des baraques, des braseros autour desquels essaient de se garder au chaud les habitants de ce campement en ce mois de décembre 2119. Près d’un de ces feux, une famille est réunie, s’assurant de bien l’alimenter puisqu’il commence à neiger. Un homme demande : « On est quelle date? - Le 24 » lui répond-on. Il se lève, entre dans sa tente et en ressort, une mallette à la main. « Il y a environ six mois, un peu avant sa mort, papa me l’a confiée, en me faisant promettre de ne l’ouvrir que ce soir. Je crois qu’elle vient de grand-maman, en tout cas, elle date d’avant le Grand Déclin. » L’homme ouvre la mallette. À l’intérieur, un cahier, des feuillets, des illustrations, des photos aux couleurs passées. « Quelqu’un sait lire? » demande-t-il. « Moi, j’y arrive », dit une femme en prenant le cahier. Sur la couverture, un nom : celui, effectivement, de l’aïeule. En première page : « À mes descendants, dans 100 ans, afin qu’ils sachent comment on fêtait Noël en 2019 ». « Noël? Qu’est-ce que c’est? Lis, lis, on verra bien. » Et la femme entame la lecture de ces mots venus d’un avant lointain. « 1er décembre 2019 : j’ai fabriqué une couronne de sapinage avec ma fille et nous avons installé les lumières à l’extérieur. 5 décembre : mon mari et moi avons coupé un sapin dans le boisé et l’avons placé dans le salon. 6 décembre : j’ai décoré le sapin et j’ai commencé à cuisiner pour Noël. »

Le groupe passe donc la soirée à écouter et commenter la teneur du journal de l’aïeule. On examine les photos : des gens autour d’une table abondamment garnie, les mêmes près d’un sapin illuminé au pied duquel s’entassent des papiers colorés et divers objets. On découvre chez ces gens des airs de famille : le sourire de l’un, les yeux de l’autre. On admire les jolies images et on se questionne sur leur signification. Elles sont toutes agrémentées de formules à peu près semblables comme « Joyeux Noël, Bonne année, Joyeuses Fêtes, Paix sur terre. » Les spéculations vont bon train. On finit par réaliser, à la lumière du contenu de la mallette qu’on est ce soir même la veille de Noël. Les derniers documents découverts sont des feuillets étranges. Chacune des phrases qu’on y trouve est disposée au-dessus d’un groupe de cinq lignes horizontales ; elles-mêmes sont chevauchées de signes bizarres. Quelqu’un dit : « C’est de la musique! - Tu sais déchiffrer ça, toi? - Attendez, voyons si ça me revient. Chut, laissez-moi me concentrer. » Après de longues minutes d’effort intense, l’homme se met à fredonner : « Ô, nuit de paix, sainte nuit ».



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