Menu principal

Cabanes à sucre de chez nous (1re partie)
par Journal L'Attisée le 2019-12-29


La plupart des érablières de notre région sont fort anciennes alors que le sucre d’érable constitue une ressource alimentaire importante pour les premiers habitants. Dès le début du XVIe siècle, on retrouve des références explicites sur le sucre d’érable1. Dans cette série, nous allons faire un bref survol de l’histoire acéricole de notre région. La maison d’édition La Plume d’Oie offrira sous peu un ouvrage de référence sur le sujet pour les MRC de L’Islet et Montmagny.


Savoir-faire des peuples autochtones2

La sève de l’érable à sucre (Acer saccharum) est connue et appréciée des Autochtones des forêts de l’Est, incluant les Abénakis, les Haudenosaunee et les Mi’kmaq, bien avant l’arrivée des colons européens. Une tradition haudenosaunee raconte l’incision de l’écorce d’érable et l’utilisation de son

« eau sucrée » pour cuire le chevreuil, un heureux accident qui est peut-être à l’origine de la technique culinaire de la viande fumée à l’érable. Le fumage à l’érable est une méthode de conservation des aliments utilisée par les Anishinaabe qui permet le stockage de vivres pour les mois d’hiver où la nourriture se fait rare.


Les Anishinaabe appellent la période durant laquelle la sève est recueillie la « saison des sucres », la « lune d’érable » ou « le mois des sucres ». La tradition de la saison des sucres s’est installée dans les communautés des forêts de feuillus de l’Amérique du Nord a survécu jusqu’à aujourd’hui.


Les techniques varient, mais les Autochtones ont l’habitude d’entailler en forme de V l’écorce des érables, ou d’insérer une tige de tilleul ou de saule dans l’arbre. Au début du printemps, des bols faits en bouleau sont placés sous l’entaille afin de recueillir la sève liquide qui est ensuite transformée en sirop à l’aide de différentes méthodes. Certains laissent la sève dehors, au froid, et jettent l’eau gelée qui s’est séparée du sirop sucré. D’autres réduisent la sève en sirop en ajoutant des pierres chaudes à des contenants en écorce de bouleau, ou font bouillir la sève dans des marmites de métal ou d’argile placées sur le feu.


Les colons français apprennent des peuples autochtones comment entailler les arbres pour récolter la sève et la réduire pour obtenir du sirop sucré ou des morceaux de sucre pouvant être stockés pour usage futur. Les premiers colons qui décrivent la saison des sucres sont André Thevet, qui relate les voyages de Jacques Cartier en 1557. On sait qu’entre 1536 et 1542, Jacques Cartier et ses compagnons, intrigués par un arbre qu’ils croyaient être un gros noyer, mais qui était en fait un érable à sucre, le coupèrent. De l’eau d’érable en jaillit alors en quantité et ils lui trouvèrent un goût de bon vin. Selon ce qui est rapporté en 1557 par le cosmographe André Thévet, un Amérindien leur aurait expliqué que cet arbre portait le nom de « couton ».


Il faut attendre jusqu’en 1606 et la venue en Acadie de Marc Lescarbot, avocat, voyageur et écrivain, pour recueillir un autre témoignage sur l’eau d’érable. Il décrit la cueillette par les Amérindiens et ce qu’il appelle la distillation de l’eau d’érable. Il évoque, entre autres sujets, l’utilisation de pierres chaudes pour la cuisson des aliments. Un peu plus tard dans le siècle, Gabriel Sagard, un missionnaire récollet, confirme l’utilisation de l’eau d’érable par les Amérindiens et ledit procédé d’évaporation. Il en parle comme d’un breuvage qui fortifie. Cette idée d’une boisson qui redonne des forces est aussi présente chez le père Le Jeune en 1634, relatant les récits de Montagnais qui, lors d’une famine, mangent de l’écorce d’érable pour combattre la faim. Il compare l’eau d’érable à un sucre doux comme le miel.


En 1708, le sieur de Dièreville, lors d’un voyage en Acadie, explique la technique rudimentaire d’entaillage des érables par les Amérindiens. Elle consistait à pratiquer, à coups de hache, une incision de quatre pouces de largeur et d’y insérer un morceau de bois en forme d’auge, d’où l’eau s’écoule dans un récipient, fabriqué le plus souvent en écorce de bouleau. En Nouvelle-Angleterre, Paul Dudley, dans un ouvrage consacré à la fabrication de sucre d’érable à partir de ce qu’il appelle le

« jus d’érable à sucre », expose plus scientifiquement que tout autre avant lui le procédé de confection du sucre d’érable. Puis, Pierre-François-Xavier de Charlevoix, Monseigneur de la Barre et Joseph-François Lafitau confirment l’évolution du mode de production du sucre d’érable par l’apport du chaudron en fer.


  1. Alain Laberge et al, Histoire de la Côte-du-Sud, L’exploitation de l’érable, Québec, 1993, p. 116.
    L’Encyclopédie canadienne, Industrie du sirop d’érable, informations tirées du site Internet https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/acericulture le 29 août 2019.



Mots-Clefs

Sylvain  Lord  cabanes  sucre  chez  nous  
Espace publicitaire