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Je sème à tous mots - 5. Enfantaisies
par Journal L'Attisée le 2020-09-13

5. Enfantaisies


Rares sont les personnes qui ne se sont laissées attendrir ou qui n’ont esquissé un sourire devant les expressions naïves d’un enfant qu’en toute innocence sa logique initiera. Ce sont des mots, des expressions qui n’ont pas seulement de vie dans les livres de notre mémoire mais aussi sont-ils de ceux que le quotidien réitère pour qui sait les écouter et les entendre. Ce sont des mots ou des expressions qui s’imposent à une échappée immédiate et spontanée, que les enfants ne prennent pas le temps de garder sur le bout de la langue trop longtemps ou celui de devoir la donner au chat mais qu’ils s’approprient sans vérifications ou dont ils ne connaissent pas toujours la portée.


Les plus jeunes enfants nous gratifient souvent de mots déformés, modifiés, parfois incompréhensibles aux non-initiés de leur foyer. Ainsi en est-il de ces quelques éléments de lexique empruntés à des enfants d’environ 2 à 4 ans. Comme ils ne rejoignent que leurs intimes, une traduction peut s’avérer utile dans certains cas et elle vous est gentiment offerte ci-dessous selon leur ordre d’introduction dans le texte. Ainsi donc, l’un ou l’autre enfant :


- enfile une casole, un tijama et des pansoutes

- est capable de débouter son manteau

- aime manger du somage, des bicsuits et boire du yaya

- il mange ses céréales avec une pia

- de son côté, son père déguste des ablines en buvant du paspi

- en jouant dehors, il a vu bapou de bibellules

- voit que son petit frère est véyéyé ou s’est voulé pa terre

- ne veut pas être dérangé pax il écoute la cerf-volante

- il place des sous dans un potonai

- il a jeté un papier à la colette


Avançant en âge, le jeune enfant commettra ces petites fautes naïves, non improvisées, issues de ses déductions, de sa logique ou de sa perception faillible, plus accessibles aux gens qui gravitent dans son environnement. Glanées çà et là au fil de mes lectures, j’emprunte en les respectant ces propositions avec tout le sérieux qui les accompagnait probablement


- Je fais des chaussettes aux pommes avec maman

- À l’hôpital, on se couche sur une litière

- Quand maman est fatiguée, pourquoi c’est moi qui dois aller se coucher?

- Si la vie n’est pas rose, elle est de quelle couleur?

- Est-ce que la maman d’un œuf de Pâques c’est une poule en chocolat?

- Je ne peux pas lire l’heure, les chiffres changent tout le temps.

- Maman, je t’aime gros comme la télé en bas!

- Il pleut, est-ce que je dois mettre mon éternuable?

- Mon chat on l’a acheté au ketchup.

- J’avais tellement envie d’aller à la piscine que j’avais déjà les cheveux tout mouillés.

- Quand on ne met pas de crème, le soleil nous donne des coups.

- La différence entre les papas et les mamans. Les mamans ne s’assoient pas pour manger le diner.

- Maitresse, il faut que t’arrête de me faire travailler sinon j’aurai plus de forces pour jouer à la récréation.

- Attrape-moi pas par le trou d’culotte (fond de culotte)

- Je marche en pied d’collant (en pied de bas)

- Je va bicycler (faire de la bicyclette)

- Je va flûter (jouer de la flûte)

- On va pas être pas mour si on meurt de joie

- Délume les lumières

- J’vas tomber à pleine feuilles

- J’ai mal au soleil

- Je veux du soif (pour demander à boire)

- Regarder par la vitre des livres (les rayons de la bibliothèque)

- Parle-moi pas, je dorme.

- J’ai deux chats, un mâle et une mâlette.

- Je swing dans la baquaise à bois

- Je vas se baigner ou Je se baigne.


Terminons ces exploits langagiers avec deux petits mots d’esprit de jeunes enfants :


- Après que sa fille ait fait un gaz, sa mère lui demande : « Qu’est-ce que c’est ça ?» L’enfant lui répond : « un go (gros) tonnerre dans mes fesses »


IL est possible que des échanges entre adultes qu’il a entendus puisse avoir inspiré cette autre réflexion d’un jeune garçon à sa mère :

- C’est facile de reconnaître le squelette des femmes, vous avez les os verts.


Elles n’ont sans doute pas de frontières ces jolies perles générées par l’exploration langagière des plus petits et susciteront souvent davantage le rire de l’adulte que les mimiques des humoristes. L’école recevra également son lot de réflexions d’enfants, d’erreurs de sens, en un mot, d’enfantaisies. Un second volet pourra nous en faire bénéficier.


Petit lexique pour non-initiés

Camisole, pyjama, pantoufles, déboutonner, fromage, biscuits, lait, cuillère, avelines, pepsi, beaucoup, libellules, réveillé, roulé par, parce que, sœur volante, porte-monnaie, toilette.


Sources :

Merci à vous les enfants qui accomplissez ces traits d’esprit lexicaux qui n’atteindront sans doute pas les Immortels de l’Académie Française, mais qui demeurent immortels à ceux qui en jouissent.


Serge Picard



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