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Mille feuilles - Un goût d’Afrique
par Journal L'Attisée le 2020-10-08

Ce mois-ci je vous propose des romans dont l’action se déroule en Afrique. L’auteur de l’un est Africain, les autres ont soit vécu en Afrique, soit fait un intense travail de documentation.

Barbara Kingsolver, autrice américaine, a écrit Les yeux dans les arbres (2001) en toute connaissance de cause. Son père était pasteur, missionnaire en Afrique où il a vécu avec sa famille durant un certain temps. J’espère toutefois qu’il était moins fanatique que le pasteur du roman... L’action se situe au Congo belge en 1959, en plein combat pour l’indépendance. Il s’agit d’un roman polyphonique : la femme et les quatre filles du pasteur livrent tour à tour leurs impressions. Voici ce que je vois : d’abord la forêt. Des arbres telles des bêtes musculeuses grandies au-delà de toute raison. Choc culturel, pauvreté, misère humaine, père violent et intransigeant, on assiste à la descente aux enfers de la famille. Une écriture magistrale, un roman qui m’a habitée longtemps après la dernière page.

Belle découverte que Photo de groupe au bord du fleuve (2010) de l’auteur congolais Emmanuel Dongala. C’est d’abord le titre qui m’a accrochée, puis les premières phrases. On est dans un pays d’Afrique non identifié ; on oublie les huttes et les savanes, c’est un roman urbain et contemporain. Écrit au « tu », il met en scène un groupe de femmes revendiquant de meilleures conditions de travail et de vie. Mais pour qui te prend-il ce Tito? Ce n’est pas parce que les circonstances t’obligent temporairement à casser la pierre pour vivre qu’il peut s’arroger le droit de se moquer de toi. Dans une très belle plume, une histoire de solidarité, de pugnacité, non dépourvue d’humour.

Henning Mankell a longtemps partagé sa vie entre la Suède et le Mozambique. Il nous conduit en Zambie dans L’oeil du léopard (2012). Hans Olofson ne devait passer que quelques mois en Afrique, il y est depuis 18 ans. En proie à une grave crise de paludisme (Il se réveille dans la nuit africaine avec la soudaine impression d’avoir le corps fendu en deux) qui le fait délirer, il revoit sa vie en Suède, son enfance sans mère auprès d’un père alcoolique, perturbé. Il repense à ses amitiés, aux motivations qui ont guidé ses pas vers la Zambie. Il revit également son arrivée en Afrique, le choc culturel vécu, la violence, le racisme, les circonstances menant au prolongement de son séjour. Tout au long du roman on alterne entre époques et lieux, on découvre peu à peu les bribes de son existence, son déchirement entre ses convictions et la dure réalité.

Inspiré de l’enlèvement, en 2014, de jeunes Nigérianes par Boko Haram, le roman Girl* (2019) d’Edna O’Brien ne laisse pas indifférent, alimenté par l’immense travail de recherche de l’autrice. On suit la narratrice, une des étudiantes enlevées, dans le cauchemar vécu lors de l’enlèvement, la détention puis l’évasion. Nous nous enfonçons dans l’épaisseur de la jungle, toutes sortes d’arbres entremêlés, nous enfermant dans leur abominable étreinte. La terreur, le désespoir mais aussi l’amitié et les éclaircies se côtoient. 


*bibliothèque Charles-E.-Harpe, collection Réseau



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