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L’émigration aux États-Unis (suite) décembre 2020
par Journal L'Attisée le 2020-12-17

Des gens de chez nous aux États-Unis

Des centaines de gens de chez nous sont partis pour les États-Unis et ce, principalement entre 1875 et 1929. Ils quittaient seuls ou en famille. Leurs séjours étaient saisonniers, temporaires ou permanents. Un décompte partiel des paroisses de Saint-Aubert, Saint-Damase et Saint-Jean-Port-Joli nous indique que 678 personnes ont émigré aux États-Unis jusqu’à ce jour. Les travailleurs étaient souvent très mobiles à leur début avant de s’implanter dans un endroit particulier. Le tableau suivant nous indique les lieux les plus prisés par les gens de chez nous.1

Tableau 7- Lieux les plus prisés par les gens de notre région


Lieu
Ashburnham (MA)
Berlin (NH)
Beverly (MA)
Biddeford (ME)
Boston (MA)
Bridgeport (CT)
Brunswick (ME)
Burlington (VT)
Cambridge (MA)
Chicopee (MA)
Danielson (CT)
Danvers (MA)
Dayton (MN)
East Jaffrey (NH)
Epping (NH)
Fall River (MA)
Fitchburg (MA)
Fort Kent (ME)
Gardner (MA)
Gorham (NH)
Greensboro (VT)
Greenville (NH)
Hardwick (VT)
Hartford (CT)
Hennepin (MN)
Holyoke (MA)
Indian Orchard (MA)
Indian Orchard (MA)
Jaffrey (NH)
Keene (NH)
Laconia (NH)
Lawrence (MA)
Leominster (MA)
Lewiston (ME)
Lowell (MA)
Ludlow (MA)
Manchester (NH)
Minneapolis (MN)
Morrisville (VT)
Nashua (NH)
New Bedford (MA)
New York (NY)
North Cambridge (MA)
Norwich (CT)
Pawtucket (RI)
Peabody (MA)
Peterborough (NH)
Rochester (NH)
Salem (MA)
Sanford (ME)
South Ashburnham (MA)
South Berwick (ME)
Springfield (MA)
Stannard (VT)
Stillwater (MN)
Sutton (MA)
Westbrook (ME)
Willimantic (CT)
Naissances
0
0
0
0
0
0
1
0
0
0
0
0
0
0
0
1
0
0
0
0
0
1
0
0
0
0
0
0
1
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
2
1
0
0
1
0
0
0
0
1
0
0
0
0
0
0
0
0
0
Mariages
4
4
0
0
0
1
5
1
2
6
0
0
2
12
3
21
20
1
1
1
1
46
4
2
1
3
2
2
4
1
2
7
0
5
14
2
11
1
0
33
9
0
2
1
1
1
1
2
40
0
2
2
6
1
2
1
4
9
Décès
1
3
3
2
2
1
1
2
2
5
2
3
1
1
3
4
21
2
3
1
2
12
1
0
1
2
1
1
8
2
0
0
2
1
5
2
3
1
2
14
4
2
0
0
1
1
2
1
26
3
0
0
2
1
1
2
1
6



Le tableau précédent ne nous donne pas un portrait complet de l’émigration aux États-Unis; le nombre de naissances y est particulièrement bas et ne reflète certainement pas la réalité2. L’encadré suivant nous brosse un tableau de la vie typique des franco-américains à Salem, une ville industrielle de la Nouvelle-Angleterre à l’image des autres3.

Les gens de notre région commencent à affluer à Salem vers 1875 et leur nombre va sans cesse en croissant. Au début du vingtième siècle, les franco-américains formaient 20% de sa population; la majorité d’entre eux travaillait dans les usines de textiles ou du cuir. Les autres entreprises étaient Hytron, Sylvania, le magasin à rayons Almy et la Bigelow & Washburn Il y avait deux secteurs francophones dont le plus connu est la Pointe. Ce dernier était situé à l’est de la rue Lafayette, de la rue Leavitt à Peabody, entre la rivière South et Palmer Cove. La première église francophone, St-Joseph, était située à l’ouest du quadrilatère tandis que le moulin Naumkeag Steam Cotton bordait le secteur à l’est. De nombreux résidents du secteur la Pointe travaillaient à l’usine de textiles. L’église St-Joseph et son école faisaient office de centre culturel et spirituel. De larges familles vivaient serrées dans des maisons de trois étages ou des appartements dont quelques-uns appartenaient à la compagnie. Il y avait une pléiade de commerces dans le secteur : épiceries, magasins, bars, affaires et clubs. Le français était la langue maternelle des émigrants de première génération jusqu’à parfois la quatrième. Les enfants allaient à l’école paroissiale où l’on dispensait la moitié de la journée en français et l’autre en anglais. Le 25 juin 1914, un grand feu détruisit plus de 1800 édifices et laissa, sans toit, environ 3500 résidents de la Pointe. Plusieurs résidents quittèrent pour d’autres villes industrielles des environs et certains regagnèrent même le Canada. Le courage de ceux qui restèrent était grand et les franco-américains firent front commun pour que la vie reprenne son cours. Arthur Beaucage écrivit dans le Courrier de Salem :
« Haut les cœurs, donc, et courage, espoir et confiance! Bien avant que le premier rayon de soleil de 1915 ait doré l’horizon, il ne restera plus de cette catastrophe sans nom que la sinistre date et l’horrible souvenir ».

Suite à l’incendie, la ville adopta des mesures pour limiter la propagation des flammes en introduisant en autres plus de briques et d’espaces dans les constructions. Une bonne partie des édifices furent reconstruits et la vie reprit son cours; certaines de ces nouvelles constructions trônent toujours au cœur de Salem. Les franco-américains continuèrent de prospérer à Salem; ils changèrent à tout jamais le visage de la ville aussi bien que celle-ci forgea leur nouvelle identité. Ils ont délaissé leurs quartiers historiques et sont présents dans toutes les couches de la population. Leurs descendants sont maintenant professeurs, policiers, pompiers, médecins, infirmiers, avocats, marchands, gens d’affaires, professionnels et politiciens.

Figure 9 - Travailleurs quittant le moulin Naumkeag Steam Cotton en 1909

1 Ancestry.com. Le décompte ne tient compte que des gens qui ont déclaré leur paroisse d’origine et de ceux qui ont été identifiés. Le décompte réel est certainement beaucoup plus élevé. Les rapports des Fabriques des paroisses, bien qu’instructifs, ne sont généralement pas assez précis et ne couvrent que quelques années.

2 La recherche sur Ancestry.com avait comme critères au moins un évènement aux États-Unis (naissance, mariage, décès, recensement, service militaire ou naturalisation) et un autre similaire dans l’un de nos trois paroisses. La base de données Ancestry.com ne donne pas souvent le lieu québécois précis d’une personne vivant aux États-Unis. Une recherche plus poussée avec plusieurs bases de données donnerait de meilleurs résultats.

3 Elizabeth Blood et Elizabeth Duclos-Orsello, The Point: a Franco-American Heritage Site in Salem, Massachusetts, informations tirées du site Internet : www.ameriquefrancaise.org/en/article-739/The_Point:_a_Franco-American_Heritage_Site_in_Salem,_Massachusetts.html le 1 décembre 2019.





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