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Bonne fête maman!
par Journal L'Attisée le 2021-05-05

Le mois de mai évoque la fête des Mères. J’aimerais leur rendre hommage dans cette chronique et rejoindre les personnes en deuil là où vous êtes après le décès de cet être cher. Que le décès ait eu lieu hier, le mois dernier, l’an passé, peu importe, certaines pertes ont le poids de cent ans d’absence. Même ceux qui sont avancés dans leur deuil éprouvent, en particulier aux jours de fête, une pointe de tristesse temporaire.


Dans la traversée du deuil, la fête des Mères en particulier est un rappel douloureux de l’absence d’une mère. Et c’est normal. L’absence est permanente et cela ne changera pas avec le temps. Ayant eu pour ma part le privilège d’accompagner des familles lors de la préparation de rituels d’adieu pour leur mère, je peux vous dire que la mort d’une mère est dans certains cas l’un des événements les plus lourds de conséquences qu’une personne puisse vivre. La perte d’une maman produit une onde de choc ; elle ébranle le noyau familial.


Lynda Lemay chante à sa mère : « Une mère/C’est là que ça nous protège/Avec les yeux pleins d’eau/Les cheveux pleins de neige/Une mère ça fait ce que ça peut. »


Le rôle et la place de la mère au sein de la famille constituent un enjeu de taille. C’est elle qui nous lance dans la vie. C’est elle qui nous aide à surmonter la peur de quitter la maison aux premiers jours d’école, à prendre de l’altitude entre le connu et la découverte.


Des femmes et des hommes consultent pour le deuil, mais ils viennent aussi dans le but de présenter leur défunt parent. Photos en main, l’un me disait : « Regardez son sourire, c’est ce qui la qualifiait. Elle a travaillé dur pour nous élever. Elle a tant aimé notre père. J’ai pris soin d’elle jusqu’à la toute fin de sa vie. »


Ces témoignages de vie sont puissants, ils nous éveillent à la force de l’amour maternel. D’autres enfants, tout au contraire, souffrent du manque d’amour maternel. C’est pourquoi les pleurs contiennent une part de mystère. Le plus souvent, les larmes expriment l’amour reçu, mais elles peuvent également signifier l’absence affective qui s’associe à la perte. Chose certaine, la peine demeure réelle pour le bien-aimé comme pour le mal-aimé.


Parfois, l’absence d’une mère est compensée par une autre figure maternelle de remplacement. Une adolescente me confiait : « J’ai perdu ma grand-mère dont j’étais très proche il y a plus d’un an. Elle était comme ma deuxième mère. Je pense à elle chaque jour. »


Dans le très beau livre intitulé « Trois amis en quête de sagesse », deux des trois auteurs, un psychiatre et un philosophe, nous font part de leur amour pour leurs enfants et de leur transformation personnelle dans le regard qu’ils posent sur eux. Le troisième coauteur, un moine bouddhiste, représente aux yeux du lecteur le père spirituel vers qui se tourner quand le questionnement existentiel tourmente. Ainsi, précise-t-il : « … sans les émotions positives, on ne tiendrait pas sur la durée : ce sont elles qui rouvrent ensuite notre regard et notre capacité à nous lier aux autres, à trouver des ressources, à inventer des solutions ; elles sont notre carburant pour avancer. » Chacun évolue différemment malgré l’épreuve de la perte.


Le 9 mai 2021 marquera la fête des Mères. Ce jour-là, je vais prononcer ton nom. Je vais partager des souvenirs. J’irai me recueillir où tu reposes maman. J’ai trouvé un poème, une sorte de chant d’amour qui chante en moi et me console. Ces paroles cimentent notre relation qui se poursuit dans l’invisible, dans l’indicible, mais aussi dans la magie de paroles réconfortantes, le temps de percer ton silence. Ce poème qui j’ai choisi pour toi chère maman répond en partie à ma question initiale : Maman, où es-tu? « Je suis en haut, en bas, ici et partout à la fois. Mes mains brillent devant mes yeux, comme de petits soleils. Je traverse le temps, je passe à travers vous. Je caresse vos cheveux. C’est merveilleux! »


Maman, l’amour que tu as pu nous exprimer jusqu’au dernier jour de ta vie, engendre comme une brèche dans nos vies. Désormais, je sais où tu es : tu es là où je te situe, dans mon coeur à jamais. Rayonnante!


Bonne fête des Mères!


Liette Desjardins, célébrante funéraire laïque et accompagnement du deuil


Référence

ANDRÉ, Christophe ; JOLLIEN, Alexandre ; RICARD, Matthieu. Trois amis en quête de sagesse, Paris, L’iconoclaste/Allary Éditions, 2016, p. 113.



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