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Nostaljuin
par Journal L'Attisée le 2021-06-02

Je suis de cette époque où juin avait couleur des années soixante. Mois aux arbres teintés de vert tendre et aux effluves de lilas, mois d’effervescence, de promesses de vacances et de tout ce qui les précédait : mois d’études intensives mais aussi de fins de leçons et de devoirs, mois d’examens qui sanctionnaient l’année scolaire d’un verdict sans appel : 60 % de moyenne, pas 1 % de moins, pour l’ensemble des matières.


Je suis de cette génération où le directeur du collège, du haut de son piédestal, possédait pleins pouvoir pour user de ses généreux kilos dans la gestion des apprentissages qui, s’ils ne répondaient pas aux attentes, se voyaient confrontés au moyen orthopédagogique d’alors copieusement administré : la strappe.


Je suis de ces instants de distribution des prix où le talent, ou la facilité des uns, gage de réussite, se voyait reconnu par l’abondance de récompenses quand les derniers de la liste ne devaient se contenter que d’une galette. Sous la présidence de M. le curé, nous défilions sur la scène du centre municipal devant M. le directeur, M. le commissaire, M. le maire et leurs épouses empruntant le nom de leurs maris, leurs sourires modulés par l’épaisseur des prix à remettre.


Je suis de cette période où les fils parlaient sans gêne de leur maîtresse et la quittaient le 23 juin, quelques-uns, avec une joie plus ou moins contenue. La nostalgie de cette époque ou leur manque d’attention d’alors justifient peut-être que, devenus adultes, plusieurs aient recours à leurs services.


Je suis de ces moments où partout dans le village retentissaient chaque soir nos cris d’enfants qui jouions dans les cours des maisons sans qu’il faille, à la différence de nos jours, nous y pousser ; de cet âge où les écrans de toutes sortes n’accaparaient pas nos heures mais où seule une forte pluie, en nous paralysant les sorties, devenait une quasi punition.


Je suis de ce temps où les enfants n’étaient pas ouatés et confinés dans des aires de jeux surpaillées et pouvaient se blesser allègrement sans drame aux jeux qu’ils s’inventaient et reprenaient sans plus de soins méticuleux qu’un « plaster » sur la plaie.


Je suis de ces jours où le moindre petit accroc aux pantalons était soumis à la réprobation de l’œil inquisiteur et à l’index accusateur des autres enfants, alors que de nos jours la somme et la grandeur des trous ou déchirures favorisent celle de l’approbation.


Je suis de ces débuts d’été où la baignade ne prenait ses élans que le 24 juin sans que l’on n’ait jamais su quel mystère entourait la nuit précédente pour que l’eau ne devienne propre à la natation qu’à compter de cette date.

Tout comme à la fête des Mères le mois précédent, je suis de ces dimanches de Fête des pères où, aux portes de l’église avant et à la sortie des messes, l’on vendait au profit d’un organisme social ce que l’usage d’alors appelait des tagdays. Devant leurs concitoyens, personne n’osait refuser les dix sous de ces petites épinglettes. Lors d’une de ces occasions, une paroissienne fort soucieuse de sa langue m’en refusa l’achat avant la messe en me corrigeant, m’invitant plutôt à offrir des macarons. Aussi, à sa sortie de l’église après la messe, je m’appliquai à lui offrir un macaron qu’elle ne sut acquérir qu’avec le sourire.


Je suis de ces années où la fin des études primaires annonçait la ¨communion solennelle¨, ou la profession de foi, qui rassemblait parents, amis et toute la communauté paroissiale pour voir défiler sur deux colonnes, à gauche, les jeunes filles toutes de blanc vêtues d’une robe, de gants et d’un voile et à droite, les garçons revêtant un habit et portant un brassard blanc au bras gauche. Cierges, missels et chapelets à profusion accompagnaient la fête.


Je suis de ce juin d’antan qui voyait se multiplier d’autres célébrations religieuses auxquelles assistaient tous les paroissiens, ou presque. Au début du mois, la Fête-Dieu donnait lieu à une manifestation de piété à l’extérieur de l’église dans une procession sur la rue principale vers un reposoir décoré pour y accueillir le Saint-Sacrement. Autre moment important, la fête de la St-Jean-Baptiste voyait se remplir l’église paroissiale pour une la célébration d’une grand-messe en l’honneur du patron de la paroisse et de la province.


Je suis de tous ces matins envolés où juin devenait un envol.


Serge Picard



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