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Les dilemmes du gazon
par Journal L'Attisée le 2022-06-05


Depuis quelques années déjà nous avons le privilège de tenir des ateliers d’écriture à Saint-Aubert. Peu formels dans leur approche, ils donnent cependant belle place à la créativité de chacun des participants. Le plaisir de jouer avec les mots et de les partager par la suite est toujours au rendez-vous.

Le thème proposé pour notre dernier atelier de la session portait sur le gazon. Un sujet quasi universel dont l’avenir apparaît sans limites...

Pour ces raisons nous avons pensé vous partager quelques extraits de nos textes et le nom de leur auteur. Avec les limites que cela sous-tend de ne pas avoir accès à son entièreté.

Clémence Lord, Responsable des ateliers

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En avril, malgré l’adage, j’ose me découvrir d’un fil. En effet pour plaire aux humains, je me débarrasse le plus tôt possible de mon édredon blanc. Souvent aidé de la pluie, j’y vais à petites doses, je sais me faire désirer. Alors un petit bout par-ci, une grande plaque au soleil par-là, je réapparais. En un coquin strip-tease, j’étire ça jusqu’en mai dans les baissières de fossés, les recoins ombragés...
Une fois la neige fondue, le terrain asséché et mon beau teint vert (je suis bien le seul à me vanter d’un teint vert) je me mets à pousser immodérément...

Rachel Grou
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Le gazon a depuis toujours une fonction ostentatoire. Il n’a pas le droit de grandir et il n’est pas question qu’il cohabite avec le pissenlit...
La tondeuse a fait de nous des « assassins en l’herbe ». Il faut voir notre enthousiasme se déployer le samedi matin quand, debout derrière nos tondeuses le pied conquérant, nous participons à cette danse macabre hebdomadaire...
Il fut pourtant une époque où vivant au ras des pâquerettes, le gazon fut mon lit de fortune pour mes rêveries d’adolescent...

Michael Schmouth
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Gazon vert, vert gazon, vert émeraude
Vert citron, vert jade, vert foncé
Tu luttes pour ta vraie couleur, celle de la vie Cette lutte contre les intrus qui échafaudent Une durée de sa vision à n’importe quel prix...

Ta couleur flamboyante, lorsque bien soignée Nous calme, nous rend joyeux L’été est proche, la chaleur s’accroche On te veut dru, bien fourni Accueillant comme un nid...

Micheline Toussaint
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De la large baie vitrée du salon, Lucien regarde SA PELOUSE avec orgueil. Un banc de gazon gorgé de 20-20 20, azote, sulfite, chaux, phosphate, calcium, sodium, potassium et abreuvé d’insecticides, fongicides et herbicides...
Après la construction de la maison, il a essouché, extirpé les racines, écobué, marné, fumé, chaulé, engraissé, ensemencé et gazonné son terrain avec le même amour que Julie vouait à la décoration de sa maison.
Enfin la verdure est apparue en même temps que les enfants...

Louise Chouinard
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Mai/ Larghetto
La neige est enfin disparue, sauf dans quelques petits recoins obstinés. Le gazon fait des bruits de gargouillis sous mes pas. Mais que vois-je?
Le premier pissenlit vient montrer le bout de son nez sur MA pelouse! J’avoue malgré tout qu’un bref instant j’en fus presque émue...
Juillet/ Allegretto
Les chauds rayons du soleil de juillet le font frétiller de joie. En fermant les yeux on peut presque l’entendre pousser. Le concert des tondeuses se fait entendre à l’unisson. Tous les dimanches matin c’est la grand-messe du ronron, nouvelle religion des adorateurs de la fétuque et du pâturin 

Lina Dupuis
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Il revient à chaque année, bien avant l’arrivée officielle du printemps. Monsieur Gazon. Il laisse sa publicité dans ma boîte aux lettres. Il veut mon bien ou plutôt celui de ma pelouse. Et à chaque année il me fait plaisir de l’ignorer...
Mon voisin possède néanmoins une pelouse très ensoleillée, rien ne lui fait ombrage. Lui et sa femme préfèrent toutefois s’asseoir à l’ombre, sous la toiture surplombant leur patio recouvert d’un tapis synthétique vert. La pelouse reste ainsi intacte, foulée seulement lors des tontes aussi régulières qu’impeccables...

Lorraine Grou
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Dans les années 50 au Québec particulièrement dans les campagnes, le gazon « se portait haut ». Souvent long et clairsemé et mélangé à d’autres végétaux. Aucun lien de parenté avec le « Green de golf ». Il n’était tondu que quelques fois durant l’été avec un moulin à gazon…
Cela a pourtant donné lieu à de mémorables scènes bucoliques lors de pique-niques sur l’herbe tendre. De même qu’à d’inoubliables scènes romantiques, allongés sur l’herbette pour s’y conter fleurette...

Clémence Lord

*Nous espérons que ces courts extraits vous ont plu et peut-être mis l’eau à la bouche pour en connaître la suite...



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