Chronique de l’étranger
par Journal L'Attisée le 2025-11-22
PAR ISABELLE PARADIS
Lorsque je suis arrivée dans la région, un de mes premiers constats fut de réaliser que les gens venaient très souvent de l’extérieur, comme moi, habitant la région depuis plus ou moins de temps. Je comprenais que cette région que j’avais choisie était une courtepointe magnifique et très élaborée de toute sorte de forces, de différences et d’histoire, alliant des gens d’ici et d’ailleurs. Forcément, cette quantité d’étranger arrivés au fil des années aura transformé et coloré ce coin de pays. Avec cette chronique, je choisis d’aller à la recherche de ces gens de l’extérieur de la région, ayant choisi St-Jean-Port-Joli comme nouveau port d’attache, pour nous ouvrir une porte sur leur histoire, leur relation avec leur communauté d’adoption ou la vision qu’ils ont d’elle… Mais cette chronique est surtout un prétexte pour parler des gens d’ici, de nous. Nous sommes beaux, et c’est cette grandeur individuelle qui fait une communauté forte et fière, riche du passé et du présent. Apprenons à la reconnaître et l’apprécier.
Jean-Marie
Mon premier cobaye, qui a bravement accepté de répondre à mes questions, est un ami cher arrivé peu de temps après moi dans la région. Les yeux envoûtés par les clochers de l’auguste église de St-Jean-Port-Joli, que je vois de cette pièce apaisante de son appartement, je lui demande les raisons qui l’ont amenées ici. Jean-Marie, cet homme d’une soixantaine d’année, me parle du désir de sortir de la ville, combiné au besoin de se rapprocher de l’une de ses filles. Le prix des loyers et bien sûr, la majesté du fleuve, ont aussi joué dans la balance.
Ce joyeux retraité qui, de son aveu, dit avoir pris vingt ans à se décider pour venir s’installer ici, avoue profiter de la puissante énergie de cette place auréolée d’une belle renommée dû au tourisme, ce qui en fait un pôle attractif de la région, vivant et animé. Il a élu domicile au centre du village, effervescent et riche de la proximité et variété des commerces et services offerts. Comme me conte ce Gaspésien d’origine, c’est pratiquement la magie qui lui a permis de trouver si facilement un endroit où déposer ses bagages, née de l’accueil passionné d’une travailleuse de la région, du fond de sa savonnerie. Je rajoute que peut-être cette magie est-elle facile à opérer face à cet être humble assis devant moi, qui dégage une sympathie et une douce noblesse, comme le lui ont démontré plusieurs personnes actives dans la communauté en venant le solliciter pour profiter de ses nombreuses qualités.
De son côté, c’est la beauté de la marina et ses environs qu’il loue, avec ses couchers de soleil inégalés, assis tranquillement sur une balançoire si judicieusement installée. Mais selon ses dires, beaucoup pourrait être fait encore. Le côté plein air, comme par exemple une vraie piste cyclable, ou davantage d’espace pour randonner, particulièrement au bord de l’eau, ajouterait de la valeur pour les citoyens mais aussi pour les visiteurs, qui recherchent ces aspects toujours plus. De son côté, Jean-Marie mijote certains projets qui profiteraient à la région, dont celui de réveiller une communauté gaie, qu’il n’a pas encore retrouvée ici.
Pense-il finir ses jours à St-Jean? Probablement pas. L’âge finira sans doute par le rapprocher de la ville où deux de ses filles habitent, ou même, pourquoi pas, sortira-t-il du centre de la municipalité pour s’installer doucement en campagne, sur un petit lopin de terre qu’il partagerait avec une personne chère. Mais, ici et maintenant, Jean-Marie insiste pour dire qu’il se trouve parfaitement bien où il est, fier de son choix de St-Jean-Port-Joli pour vivre l’étape importante du retour à soi que l’âge nous invite à faire.
Merci Jean-Marie pour cette ouverture et pour ton grain de sel qui assaisonne cette communauté!

