Il était une fois des villages autonomes Saint-Jean-Port-Joli
PAR SYLVAIN LORD
Hôtel Caron
L’hôtel Caron, que les anciens ont d’abord connu comme le magasin d’Alexis Caron (1830-1911), est construit vers 1862 dans le hameau de la station. Il est réputé pour ses produits qui proviennent son imposante ferme. M. Caron avait acquis le terrain de Michel Fournier et d’Eugène Gamache le 23 mars 1859. Il y renouvelle ses permis de magasin général en 1864, 1865, 1873, 1874 ainsi que plusieurs autres années. Il est juge de paix en 1879. Le 7 juillet 1884, il cède son magasin ainsi que plusieurs autres propriétés à son fils Ferdinand (1861-1937). Le magasin est détruit par un incendie le 16 mars 1893 et il est rapidement reconstruit près de la gare par le père et le fils. On apprend que M. Caron est aubergiste à cette époque. Lors du recensement de 1901, il n’est pas question d’hôtel à la station et Ferdinand est simplement cité comme marchand. L’annuaire Lovell de 1905-1906 stipule que M. Caron est toujours marchand tandis que celui de 1910-1911 signale qu’il vend de la boisson. Au recensement de 1911, Ferdinand est dit cultivateur mais ses enfants Octave (1885-1955), Irenée (1886-1980), Sylvio (1893-1972) et Armand (1894-1918) exploitent un commerce; il s’agit presque certainement de l’hôtel qui existe depuis fort longtemps d’après un article de La Patrie en 1947. Une tragédie frappe la famille Caron en 1918 alors qu’Armand est victime de la grippe espagnole à Ottawa; il était employé au ministère des Postes depuis quelques années.
L’hôtel est en fonction en 1924 alors qu’un comité de surveillance des étalons s’y réunit. L’hôtel est élégant et certains le qualifient de Petit Frontenac. En 1927, l’établissement est exploité par Octave, Camille (1898-1972) et Jeanne (1891-1977) tous enfants de Ferdinand. Le 21 mai 1937, Ferdinand passe chez le notaire Miville-Deschênes pour faire rédiger son testament; il désigne son fils Sylvio comme exécuteur testamentaire lequel devra procéder au partage avec ses frères et soeurs dont Camille et Jeanne. Sentait-il la fin approcher alors qu’il décède le 26 mai suivant? Le partage des biens est conclu en 1948; Sylvio cède ses intérêts dans l’hôtel à Camille, Jeanne et Octave lesquels exploitent l’hôtel. Octave décède le 23 novembre 1955; Camille et Jeanne héritent de sa part de l’hôtel mais la transaction n’est officialisée qu’en 1969. Jeanne gère avec efficacité les employés de l’hôtel dont Noëlla Deschênes à la cuisine et à l’entretien. Le 23 mai 1959, Camille et Jeanne vendent l’hôtel à Léo Deschênes; ils conservent certains biens et demandent la jouissance du second étage de la maison voisine à l’est leur vie durant. M. Deschênes échange sa propriété avec une autre d’Émile Jean le 7 septembre 1962. M. Jean n’exerce le métier d’hôtelier que très brièvement et décède le 12 janvier 1964 à l’âge de 56 ans. Le 12 août 1968, le Ministère de la Voirie de la province de Québec dresse un plan pour le passage de l’autoroute 20; il avise tous les propriétaires de la Station qu’ils devront céder du terrain ou être expropriés s’ils sont sur la route visée. Marie-
Jeanne Chouinard, veuve d’Émile Jean, reçoit cet avis et c’en est fini de l’hôtel qui est démantelé en 1969. Camille et Jeanne Caron sont toujours résidents de Saint-Jean-Port-Joli au moment des expropriations mais ils devront bientôt trouver un nouveau toit.
Hôtel Caron en 1927
Castel des Falaises
Le Castel des Falaises (47, de Gaspé Est) a été construit en 1907 par les frères Marcel (1866-1946) et Philippe Fortin (1865-1941); ils avaient acquis le terrain de Sophie Carrière épouse du docteur Saluste Roy en mai 1908. Voici une coupure de presse qui relate leur aventure :
Les frères Philippe et Marcel Fortin, arrivés récemment de la Californie pour revoir, après une absence de plus d’un quart de siècle, leur clocher natal, viennent de donner un exemple de l’attachement qu’on doit porter à la terre qui nous a vu naître, en dotant notre village d’un édifice splendide autant que spacieux, destiné à recevoir les touristes, l’année prochaine.
Philippe et Marcel sont de grands voyageurs devant le Seigneur. Fils de Vénérand Fortin et de Virginie Bernier, nos compatriotes quittaient Saint-Jean à l’âge de seize ans pour aller tenter fortune aux États-Unis. Confiants dans leur vigueur et leur courage, les frères Fortin ne craignent pas d’affronter les dangers qu’offrent aux inexpérimentés les incertitudes d’une vie d’aventure.
Philippe Fortin, en compagnie de son frère qui l’avait rejoint quelques mois après, parcourut en quelques années le Montana, la Colombie Anglaise, le Dakota, le Nord-Ouest canadien et américain et poussa jusque dans les lointaines régions de l’Alaska.
Les frères Fortin eurent à faire face à bien des dangers, à une multitude de difficultés. La maladie cloua l’un d’eux sur un lit de douleur, pendant plusieurs mois, mais ces violents contretemps, loin de décourager nos mineurs, ne firent que retremper leurs forces. Ils nous reviennent après vingt-cinq années d’une vie laborieuse et honnête, possesseurs d’une fortune rondelette qu’ils emploient au bénéfice de notre village.
Sur une falaise élevée, au pied de laquelle les flots du Saint-Laurent viennent se briser et s’éclabousser, les frères Fortin ont érigé un immense édifice qui sera baptisé le « Castel-aux-Falaises ».
Commencé vers le commencement de mai, cet édifice offre maintenant l’aspect d’un petit château défendu à l’arrière par un mur de roc et aspect que des arbres fruitiers et autres cachent aux indifférents. Le « Castel-aux-Falaises » aura dans quelques années une renommée qui ne sera pas surpassée.
Le Castel-aux-Falaises ouvre ses portes en mai 1908 comme prévu. Tout est moderne : chauffage à eau chaude, bains, ameublement et service de première classe. L’établissement est mis en vente en 1928 et c’est Richard Turgeon qui s’en porte acquéreur en août 1930; l’hôtel prend alors le nom de Castel des Falaises. M. Turgeon effectue d’importantes rénovations et un agrandissement; il inaugure l’établissement rénové le 21 juin de cette année-là. Il se rétrocède l’hôtel à Philippe Fortin le 10 décembre 1931 et se porte acquéreur de l’hôtel de Gaspé; ce dernier est situé à deux pas de son ancien établissement. Philippe vend à Georges-Alphonse Fortin, époux de Rosanna Royer, qui devient le nouveau propriétaire du Castel des Falaises le 8 février 193. Le 2 avril 1946, Georges-Alphonse cède son établissement à Lucien Paré et déménage à Québec en 1947. Lucien Paré décède le 8 août 1954 et son épouse, Cécile Chabot, hérite de l’hôtel. Le 6 mai 1965, Cécile Paré, fille de Lucien, signe un acte d’obligation avec Roland Bédard et une mise en demeure est envoyée à ce dernier le 10 août 1965 pour défaut de paiement. Un jugement de la cour est émis et la financière Key Mortage Corporation se saisit des immeubles et les vend à Marius Jacques en décembre 1965. M. Jacques vend à Robert Spillman en novembre 1978 qui revend le 2 octobre 1985 à Oxygène Laurendeau et Fils inc. Cette dernière revend à Pierre Simard et Denise Dionne le 31 juillet 1998; cette dernière transaction nous apprend que l’hôtel des Falaises a été converti en Motel de la Falaise dans les années précédentes. Cet établissement est toujours en exploitation en 2022.
Le Castel des Falaises était un établissement touristique emblématique de Saint-Jean-Port-Joli. Au milieu du 20e siècle, le complexe comprenait trois bâtiments principaux: l’hôtel, la villa qui bordait le fleuve et le pavillon qui était une salle de spectacle, de danse et de réception. Dans le bâtiment principal, un juke-box
assurait l’ambiance musicale du bar. La salle à manger proposait une cuisine canadienne qui faisait la renommée du Castel. Pour promouvoir l’établissement, des employés et des jeunes se promenaient dans les rues du village en chantant. Les villageois les surnommaient « les fous du Castel ».
Il y avait des spectacles dans les années 1970-1980 plusieurs artistes sont passés : Bob Walsh, Willie Lamothe, Roger Miron, Ti Banc Richard, Bobby Haché, Bob Walsh, Plume Latraverse, etc. On servait de la nourriture canadienne dans l’hôtel et il y avait une cuisinière. La clientèle était composée de voyageurs de commerce, de touristes, de pensionnaires de compagnies. L’hôtel était complet lors de la construction de l’autoroute 20.
L’hôtel Port-Joli a été fondé en 1927 par une famille de Montréal. Le 12 mai 1929, Roland Larouche de Montréal vend à Port-Joli Inn un terrain à l’embouchure de la rivière Port Joli. Honoré Bernier, voyageur de commerce de Montréal, agit comme secrétaire de la partie prenante lors de la transaction. Le terrain comporte des bâtiments, des dépendances et quelques cabines près du fleuve. Le 28 octobre 1931, Alphonse-Édouard Dostaler, marchand de meubles de l’avenue du Parc à Montréal, acquiert le Port Joli Inn par l’intermédiaire d’Honoré Bernier. Le contrat précise que M. Dostaler achète la propriété avec tous les effets mobiliers. L’établissement est renommé hôtel Port Joli et la famille Dostaler ne l’exploite que pendant l’été. En 1933, la famille arrive au début juin pour la saison estivale. Le 3 août de la même année, un des fils de M. Dostaler, Jean âgé de 23 ans, se noie dans la rivière Port Joli; il venait de terminer ses études au collège Brébeuf de Montréal et devait entrer comme novice chez les Jésuites. M. Dostaler cède graduellement les opérations hôtelières à ses fils Gilles (1943) et René (1947); il rend l’âme à 69 ans à Montréal le 12 septembre 1950. En 1947, l’hôtel offre de nombreux attraits : site enchanteur, superbes couchers de soleil, bains à l’eau salée, mets savoureux et propreté impeccable.
Rosa Déry, épouse de M. Dostaler, vend l’hôtel à Wilfrid Robitaille en 1959 qui le revend à Jeanne Pellerin-Richard en 1961. Cette dernière cède sa propriété à La Chaumière du Port-Joli en novembre 1976. Le bâtiment a été rénové et il existe toujours en 2023 (626, de Gaspé Ouest). Le site offre aujourd’hui des chalets en location et ainsi qu’une salle de réception.